

Et pourquoi pas? (cliquez voir, l'histoire est mignonne comme tout)
Et j’imaginais une jolie petite vache - une Rouge de Lituanie, une Hinterwälder, ou pourquoi pas une Blonde d’Aquitaine - en train de brouter l’herbe bien russe de son pré enneigé, et son maître qui la tire par une petite corde.
Edit: Précieuse contribution de Sibylline
L’herbe, c’est moi qui l’avais fumé.
Parce que le Maître et Marguerite, c’est en réalité l’histoire du Diable et de ses potes qui débarquent à Moscou sans crier gare, les bougres, et qui mettent l’ambiance dans cette ville triste, sinistre, austère, asséchée, désespérément carrée et cadrée. Mais commençons par le commencement.
URSS 1930. Staline, régime totalitaire, arrestations au pif, terreur, pensée unique, censure, discours politique bidons, paranoïa, appartements communautaires, tout ça. Assis tranquillement sur un banc, Berlioz (pas Hector) et Biezdomny devisent en hommes du monde de la non-existence de Dieu. Si ma mémoire est bonne, il y était question de Kant et Saint Thomas d’Acquin mais étrangement, toute cette partie demeure très floue dans mon esprit. Un étrange homme qu’ils prennent pour un touriste, très poli et affable, vient mettre son grain de sel.

C'est lui.
Il s’appelle Woland, est spécialiste de magie noire, et se fait l’avocat du diable en défendant l’existence de Dieu. Il leur affirme également avoir assisté aux prises de tête de Ponce Pilate, et annonce à Berlioz (en passant) comment celui ci va mourir. Décapité par une femme. Ceci se vérifie très vite car Woland, bien sûr, est le
Très vite, le Diable et ses acolytes (dont un bon gros chat noir) sèment le désordre, la mort et la folie partout sur leur passage. Ils déconstruisent la société moscovite, envoient l’intelligentsia à l’asile (ou à la mort), dénudent les jeunes femmes, offrent des spectacles de magie noire, font pleuvoir des billets de banque, enlèvent des gens, réquisitionnent des appartements pour y tenir leur grand bal des Damnés. C’est que Woland sait s’amuser: dans sa destruction, il introduit jubilation, mouvement, créativité, fantaisie, humour, mysticisme et on aurait bien de la peine à ne pas ressentir de sympathie pour lui.

Wassily Kandinsky, Moscou 1
Ca c'est Moscou après le passage du diable.
Plus en tout cas que pour les individus veules, corrompus et lâches auxquels il s’attaque: les bureaucrates médiocres et mesquins, les intellectuels qui sont en réalité les chantres de la culture officielle, et dont on ne retient ni les noms ni les fonctions (hum hum). On l’aura compris, Boulgakov est ce diable qui dénonce les travers de la société soviétique dans ce J’accuse aux dehors grotesques. Il fustige la lâcheté de ceux qui n’ont pas le courage de s’opposer à ce qui les diminue. On pense à Gogol bien sûr. Et je regrette vraiment de ne pas m’y connaître (du tout) en société soviétique des années 30, car il est évident que des tas de détails sont signifiants, font référence à telle ou telle chose. Enfin bref, on ira sagement sur Master and Margarita pour mourir moins bête.
On me fait signe que je n’ai toujours pas parlé du Maître et de Marguerite. Serait-ce bien raisonnable? Je trouve mon billet déjà bien assez long. Mais puisqu’on insiste...
Le Maître écrit un roman sur Ponce Pilate, dont on trouve des extraits entre deux diableries du Diable. Son oeuvre au destin chaotique raconte l’histoire d’un homme dévasté par la lâcheté, le plus grand crime qui soit, dont il a fait preuve en condamnant à mort Jésus Christ. Cette oeuvre mène le Maître à la folie ; il brûle le manuscrit et disparaît mystérieusement. Marguerite, son amante, pactise avec le Diable afin de retrouver celui qu’elle aime, et châtier ceux qui l’ont détruit. Elle devient ainsi l’héroïne de certains des plus beaux tableaux du livre: son vol, nue, jubilante, échevelée au dessus de la campagne russe ; son rôle de reine des damnés, nue encore, lors de ce fameux bal où sont conviés Caligula et Messaline entre autres.
« O dieux, dieux ! comme la terre est triste, le soir ! Que de mystères, dans les brouillards qui flottent sur les marais ! Celui qui a erré dans ces brouillards, celui qui a beaucoup souffert avant de mourir, celui qui a volé au-dessus de cette terre en portant un fardeau trop lourd, celui-là sait ! Celui-là sait, qui est fatigué. Et c'est sans regret, alors, qu'il quitte les brumes de cette terre, ses rivières et ses étangs, qu'il s'abandonne d'un coeur léger entre les mains de la mort, sachant qu'elle - et elle seule - lui apportera la paix … »
Moi aussi j’ai galéré pour écrire ce billet - c’est bien trop difficile de parler du Maître et Marguerite et je suis épuisée (d'ailleurs, si vous êtes arrivés jusqu'ici, je vous décerne une médaille)(collective). En plus, il y a tellement d'autres choses à dire. Mais allez jeter un oeil si ce n'est pas déjà fait, et revenez me dire ce que vous en avez pensé.
Les avis de Lilly, Praline, Papillon, Chimère










