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lundi 21 juin 2010

Kick Ass - Matthew Vaughn - 2010


WARNING: Ne faites pas comme moi : ne croyez pas l’affiche. ELLE MENT. Par contre fiez vous à la petite affichette aux caisses qui vous prévient que ce film peut comporter des scènes violentes susceptibles de heurter la sensibilité du spectateur. ELLE DIT VRAI.


Je pensais vraiment aller voir une daube. L’affiche annonce la daube, la bande annonce est en plein dans la daube, le pitch se meut dans la daube.

Je suis comme ça moi : je n’aime pas lire de mauvais livres, mais ça ne me dérange pas de regarder des films un peu nuls en sachant que c’est un peu nul, tant que je rigole bien. Après tout, ça prend max deux heures.


Ca commence comme un film d’ados normal: la bande de loosers puceaux férus de comics, qui n’arrivent pas à pécho les filles, et qui évacuent leur frustration dans leurs chaussettes. On est en terrain connu: c’est Superbad, c’est les Beaux gosses, c’est American Pie.



Voyez le genre?


Seulement Dave a une obsession: devenir un superhéros. Et il ne se contente pas d’en fantasmer: il passe commande d’une tenue de plongée sur internet, en fait son costume, et s’attribue un nouveau nom: Kick-Ass. Il décide alors d’aller combattre le crime dans les rues de New York. Mais non seulement il ressemble davantage à un batracien qu’à Spiderman, mais il se heurte contre la dure réalité: au lieu de kicker des ass, il se fait kick-asser. Il réussit tout de même à attirer l’attention, de tout New York certes, mais aussi de super héros un peu plus crédibles que lui: Big Daddy, Hit Girl et Red Mist.



A gauche Big - Nicolas Cage - Daddy, comme l'indiquent les initiales sur le ceinturon. A gauche Hit Girl. (comme l'indiquent les initiales.)(toujours sur le ceinturon, oui oui)


Red Mist et son look d'emo


Kick-Ass propose une réflexion très intéressante sur l’héroïsme. Dave n’est pas doté de super pouvoirs, il n’a pas été piqué par une araignée, il ne maîtrise pas les arts martiaux, il n’a pas de gadgets, il n’a même pas de parents ou de petite amie à venger. Il est normal: pas très beau, pas repoussant non plus, pas brillant, pas demeuré non plus. Il veut juste aider les gens, pas forcément des millions, juste des individus, un à un. Et dans cette modeste volonté de soulager les maux de sa ville, il est extrêmement touchant car il s’accroche à ses principes, même s’il se fait tabasser, même s’il est mort de trouille, même s’il a l’air ridicule dans son costume. On rit de lui, mais on ne peut s’empêcher de l’admirer quand il essaie de retrouver le chat perdu d’une annonce, quand il tente d’empêcher deux caïds de voler une voiture. Si les autres «super héros» du film ressemblent davantage que lui à ceux des comics, par leurs histoires, par leurs gadgets, par leurs techniques de combat, c’est lui le véritable héros du film.



Ce film interroge également le rôle des témoins d’une agression, et nous prend nous spectateurs à partie. Il y a cette scène extraordinaire, où Dave défend un pauvre mec des attaques de trois costauds et où il prend très cher, pendant que des témoins le regardent faire à l’abri d’une vitre, et enregistrent tout sur leurs téléphones. On se dit: il est fou, il va finir déchiqueté. Et c’est exactement la remarque que lui fait un des agresseurs. Dave a cette réplique très forte (je restitue à peu près): «Tu dis que je suis fou, alors que ce mec se fait agresser par vous trois, pendant que tous ces gens regardent sans rien faire? Et c’est moi qui serait fou?» Et là on se rend compte qu’il s’adresse également à nous spectateurs, aussi planqués derrière notre écran.


Kick-Ass réfléchit aussi sur l’importance des médias, d’Internet, des vidéos. Plusieurs scènes de grande violence sont filmées par des personnages, envoyées sur Youtube, et visionnées à grande échelle. Les gens sont devant ces vidéos comme devant un film, la réalité devient fiction, et l’extrême violence ne les choque plus, alors qu’elle est présentée comme réelle. Il y a cette scène incroyable d’une exécution filmée (spéciale dédicace Al Quaida) et reproduite à la télévision en direct : on voit alors la réaction des différents personnages, qui est presque systématiquement un mélange très gênant d’horreur et d’excitation. Et le pire, c’est qu’on se dit que c’est très vrai et très humain.


Kick-Ass se révèle un film de super héros ultra violent, façon Tarantino. Seulement là où une certaine esthétique demeure chez Tarantino, là où on sait que les super héros ne meurent pas dans les comics, ici une certaine laideur persiste, ici on n’est jamais sûr du destin des personnages. Le ridicule des costumes rappelle que Big Daddy, Hit Girl, Kick-Ass, Red Mist ne sont pas des superhéros. Big Daddy a un costume de Batman absurde ; son Robin, Hit Girl, a une perruque synthétique affreuse ; Red Mist ressemble à un membre de Kiss et Kick-Ass.. ben c’est Kick-Ass. Et puis leurs noms ne sont pas des noms, ce sont des blagues. Mais du coup leur ridicule nous rappelle sans cesse à une certaine réalité qui est censée être la nôtre, et l’on ressent d’autant plus la violence des coups assenés. On ne sait jamais trop à quoi s’attendre: on tente de se rassurer en se disant que Dave ne peut pas mourir, puisque c’est lui le narrateur. Mais là encore il s’adresse à nous: «Ne vous tranquillisez pas en pensant que je ne meurs pas, puisque je vous parle. Vous avez déjà vu American Beauty? Sunset Boulevard?» Gloups.


Donc bien sûr que Kick Ass est un film drôle. Le titre ne ment pas complètement. C’est très drôle même, et irrévérencieux. Il y a quelque chose d’assez insolent de voir ces adolescents, ces enfants presque, mêlés à une telle violence. Et la petite fille dit des gros mots aussi.

Mais il y a une noirceur, une dimension tragique, une violence, une émotion indéniables. S’il commence de manière un peu molle, il prend beaucoup de rythme dès l’arrivée des autres super héros, et ne faiblit pas. Je suis restée accrochée à mon fauteuil, complètement terrifiée pour les personnages, et attendant la suite avec impatience.


En parlant de suite, je pense qu’on ne coupera pas à un Kick Ass la vengeance (surtout qu'il y a de quoi venger).


Et au fait, vous avez reconnu qui joue Red Mist?



C'est le mythique Mac Lovin de Superbad! (il y a un group facebook pour ceux que ça intéresse)


samedi 12 juin 2010

Sex and the City 2 - Michael Patrick King - 2010


Ce film me travaille trop pour que je résiste à l’envie d’en parler. Je ne pense pas que ce soit une réussite, mais deux-trois choses valent la peine d’être notées. Alors en vrac, parce qu’on ne peut pas prendre son goûter, poser son vernis, blogsurfer et écrire un billet structuré en même temps.


Deux ans après le «je le veux» de Big et Carrie, tout le monde pique une crise. Heureusement, Samantha est là et emmène ses copines faire la teuf à Abou Dhabi, tous frais payés.

Voilà ce que j’en pense:

  • Carrie est insupportable: elle empêche Big de regarder la télé tranquillement, elle envoie balader Charlotte qui a des problèmes de couple, elle mobilise toute la planète quand elle revoit Aidan, alors que ses copines ont quand même des soucis plus graves (et plus intéressants). Elle est comme une méchante gamine qui veut attirer l’attention de tout le monde. Alors je me demande: l’ont-ils faite délibérément pénible? Est-ce qu’on est censé regarder cela avec distance, ou au contraire, avec sérieux et compassion? Franchement, je ne sais pas, mais en tout cas je l’ai detestée.


  • En même temps, le film aborde de vrais problèmes un peu tabou. Par exemple, Miranda et Charlotte n’arrivent plus à gérer leur maternité, qui ont besoin de prendre des vacances, mais ne peuvent s’empêcher de culpabiliser de laisser leur progéniture à la maison. En ces temps qui exigent des femmes d’être des mères parfaites et de s’en estimer heureuses, j’ai trouvé que l’initiative était pas mal. Il y a une scène hilarante où Miranda confesse Charlotte, complètement digne de la série.
  • Et dans le sens inverse, le non désir de maternité de Carrie est également provocant. On voit à quel point un couple doit faire d’efforts pour n’être que deux, pour le reste de leur vie.


  • L’abondance de luxe m’a embarrassée. Quand elles sont à l’hôtel, je ne savais plus où me mettre. Bon, je comprend ce qu’ils ont voulu faire: on est en temps de crise, donc on fait comme Hollywood dans les années 30, et on compense pour faire un peu rêver les gens. En ce qui me concerne, je n’ai pas trouvé cela glamour, mais indécent, outré, gênant. Même les fringues n’ont pas fait tilt, et j’ai trouvé leurs tenues dans le désert carrément absurdes (en même temps, c'est Miranda qui a choisi).
  • Puis ce film fait un peu trop propre sur lui, trop lisse. L’appart de Big et Carrie est parfait, mais à l’image d’un Elle décoration, alors que dans la série, on pouvait voir Carrie s’affaler dans son appart un peu bordélique. Les filles ont des looks de shootings de magazines (ce qui n’est pas toujours une réussite), alors que dans la série elles ont des tenues portables par des femmes lambda (plus ou moins).


  • Mais faut dire que tout n’est pas si lisse et parfait, et là je parle du corps des actrices. On voit qu’elles ne sont plus toutes jeunes, même si elles sont toujours belles. Le corps de Carrie est très mince, mais est devenu très sec, avec des veines apparentes. On la voit se raccrocher de toutes ses forces à son corps de jeune fille. Samantha a pris du poids, a vieilli, passe le cap de la ménopause, et le film en parle. On la voit prendre ses pilules, on voit sa libido s’effondrer. Et que dire de la performance de Liza Minelli? Ils auraient pu faire appel à, je sais pas moi, Lady Gaga, ou Miley Cirus, ou Rihanna, mais non. Ils vont chercher une sexagénaire. Les gros plans sur son visage peuvent gêner: on voit la chirurgie esthétique, le sourire crispé, les yeux trop écarquillés.
  • c’est un film où on ne voit que des femmes de plus de quarante ans, mais encore belles, mais en même temps on sent l’effort, et c’est triste et embarrassant. Grattez sous le bling bling, et vous trouverez des corps vieillissants. Et j’ai aimé cette tension, qui nous met face à nos propres craintes.


  • La question du voile qui fait parler tout le monde. Je ne sais pas quoi en penser, et le film non plus on dirait. Carrie fait des blagues très connes, Samantha s’insurge et Miranda prône la tolérance et le respect de la culture d’autrui : qui a raison? La plupart des gens ont été choqués par la façon dont le problème a été abordé, et par la condescendance du film. Moi je trouve qu’en définitive, le film est un peu plus subtil qu’il n’y paraît, car il montre comment un révolte sourde gronde chez les femmes voilées, qui ne sont pas si soumises qu’il n’y paraît. Et je reconnais là Sex and the City, qui traite de sujets tabous sans mettre de gants, de façon culottée, ce qui ne veut pas dire que le raisonnement manque de finesse.


  • Sinon, le problème avec ce Sex and the City, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de sexe, et pas beaucoup de City. Abou Dhabi est présenté comme un nouveau New York (après tout il y a bien des gratte-ciels), mais ça ne tient pas le coup deux minutes, et le film le reconnaît rapidement. Et de toute façon, c’est même pas tourné à Abou Dhabi, mais à Marrakech. Paraitrait que les Emirats voulaient bien se faire un peu de pub, mais pas au point d’admettre ces femmes perdues sur leur sol.


Comme vous le voyez, je suis très mitigée. Cela dit, je dois admettre que tout n’est pas à jeter. Il y a un certain plaisir à les retrouver et à voir ce qu’elles deviennent, comme si c’était de vieilles copines. C’est moins bien écrit que la série, moins spirituel, moins nerveux, mais c’est mieux que rien. Ca reste drôle et culotté, et Samantha reste Samantha.



Maintenant pour le 3, je veux un vrai scénario : ça ne suffit pas de les mettre en vacances et de les faire changer de tenue à chaque scène.

mardi 11 mai 2010

Dragons - Dreamworks - 2010




Samedi dernier, je suis allée voir «Dragons», le dernier Dreamworks, pour rester dans la thématique animaux bizarres, et aussi parce que ce film me paraissait d’emblée être une source de couinements® appréciable. Il n’y a pas que les sexy men® dans la vie, il y a aussi les dragons.

Et puis pour ne pas faire les choses à moitié, j’ai été voir la version 3D, avec les lunettes qu’on loue à 3 euros, alors qu’on aurait pu les découper soi-même au dos d’un paquet de Chocapic (et même que le carton aurait été dix fois mieux rapport au poids de la chose).


Harold est un Viking mal dans sa peau - ce poids plume n’est pas de taille à défendre son village contre les terribles dragons qui l’attaquent de toute part, et se retrouve l’objet de la pitié et de la raillerie des autres habitants. Un jour pourtant, grâce à une machine de son invention, Harold parvient à mettre à terre un dragon, et pas n’importe lequel: le terrible, l’impitoyable, l’irréductible Furie Nocturne.


C’est lui (à droite).


Dès le pitch Allociné, on sait qu’Harold et le Furie Nocturne vont devenir amis, on sait qu’il va rencontrer la désapprobation de tout son village, et on sait, on sait mille fois plutôt qu’une, que tout se conclut dans le vivre-ensemble le plus harmonieux, que la morale est sauve et que le héros finit par pécho. (et Dieu sait que je suis bon public)

La seule question est de savoir comment, parce que c’est très mal parti au départ - Dragons se révèle donc un tout petit peu plus compliqué et surprenant que prévu.



Un grand intérêt du film, ce sont les différents dragons. Les dessinateurs Dreamworks se sont bien lachés, en mode peu-importe-ce-que-cela-est-pourvu-que-cela-crache-du-feu-(ou-pas). Du coup on se retrouve avec des bestioles complètement improbables, avec chacune leur caractéristique (un dragon est improbable en soi, certes, mais concentrez vous un peu). Ca donne envie de les collectionner, tellement ils sont chou.




Je les ai trouvé très réjouissants, avec leur côté cartoon très coloré et exubérant, et leur personnalité attachante à mi-chemin entre l’enfant et l’animal. J’ai bien aimé ce parti pris chez Pixar de ne pas faire parler les bêtes: tout passe par des mimiques, des grognements, des crachements de feu, des ronronnements aussi. Maintenant, j’en veux un de dragon, le tout petit là.




Et puis la surprise réside aussi dans la façon qu’Harold approche son dragon, les petites astuces pour l’amadouer, l’approcher, le convaincre d’enfiler une selle.

Car il n’y a pas que des combats dans ce film, mais aussi de touchantes scènes sans paroles où Harold et le dragon s’apprivoisent, avec lenteur, crainte, douceur, mais aussi difficulté.


J’ai aussi aimé que les humains ressemblent à des personnages de dessin animé ; les hommes ont des barbes comme des manteaux de fourrure (tressés), les femmes ont les seins gros comme des casques (les casques des précédents).



Et j’applaudis des deux mains l’idée très exotique des Vikings, avec leurs casques avec plein de cornes, leur air bourru, et leur accent écossais! Les Vikings, c’est comme les Spartes ; ils parlent pareil. En tout cas, c’est Gerard «Leonidas» Butler qui prête sa voix rauque et ondulée au chef des Vikings.





Tonight we dine in HELLLLLLLLLLLLLL!



Bizarrement les gamins ont l’accent américain. (Huh?)


Certaines scènes sont magnifiques: celle de l’envol au dessus des nuages (grand classique depuis Aladdin, mais on ne s’en lasse pas), celle de l’entrée dans la bouche du volcan, celles des combats. C’est un dessin animé visuellement extraordinaire. Là j’ai vraiment vu l’intérêt de la 3D, dont le film n’abuse pas.



«Dragons» est au final un très joli conte initiatique, enthousiasmant et rythmé, pas du tout si naïf que ça. C'est plein de malice, d’ingéniosité, d’humour, et vous l'aurez compris, je recommande!




lundi 15 mars 2010

The Ghost Writer - Roman Polanski - 2010




Note: Ce billet est plus ou moins la suite de celui-ci.

De nos jours, sur une île au large de la Nouvelle Angleterre. Adam Lang, le grand politicien anglais, a besoin d’un nouveau nègre pour rédiger ses mémoires, l’ancien s’étant tué en tombant d’un ferry pour cause d’ivresse mal gérée. Le nègre (ghost) rejoint son employeur sur l’île. Petit à petit, il s’aperçoit que la biographie qu’on lui demande d’écrire ne correspond pas à la réalité, qu’on lui cache beaucoup de choses sur le passé de Lang, et surtout sur la mort de son prédécesseur. De plus, Adam Lang connaît des difficultés avec la justice pour cause de - excusez du peu - crimes de guerre. Ses agissements à lui dépendent donc des bulletins d’information qui passent à la télé, des manifestants qui assiègent sa maison, des coups de fils des politiques britanniques et américains. Autant d’éléments qui perturbent l’écriture de cette fameuse biographie.




Comme chez Scorcese, le héros se lance dans une enquête différente de celle prévue, et va également se mettre en danger. C’est aussi un film sur le doute, la paranoïa. Seulement, les deux personnages sont très différents: autant tout le film de Scorcese tourne autour de Teddy Daniels, sa psyché, son passé, ses obsessions, autant le Ghost demeure un fantôme: sans nom, sans histoire, sans attaches, transparent. Et je trouve Ewan Mc Gregor très bien dans ce rôle, avec sa bouille de blondinet aux grands yeux bleus délavés - il joue très bien l’homme modeste, humble, dépassé par cette histoire, mais résolu à savoir.



Et comme chez Scorcese, il est question d’île au large de la Nouvelle Angleterre, avec une Dame Nature - cette garce - (nous sommes un peu fâchées aujourd’hui)

une Dame Nature donc (cette garce) très peu clémente. Il tombe beaucoup, beaucoup, beaucoup d’eau. Et nos héros en redemandent, avec leurs petites explorations des environs, à pied, à bicyclette. Voudraient-ils nous refaire le coup de la chemise mouillée?

En tout cas, le traitement de la nature n’est pas exactement le même: chez Scorcese, c’est baroque ; chez Polanski, c’est élégant.

En plus, les deux films commencent exactement pareil, avec un ferry qui arrive droit sur l’écran. Seulement, alors que le ferry n°1 contient Leo, le ferry n°2 ne contient qu’une voiture vide - un fantôme?


Dans les deux films il est question d’isolement et d’enfermement. Bien sûr, il y a d’abord l’île qu’il est difficile, sinon impossible, de quitter. Mais ça va plus loin: chez Scorcese, on a de vraies de vraies prisons, avec des matons, des cellules avec des barreaux, tout ça. Chez Polanski, c’est plus subtil: la maison de Lang apparaît très ouverte, avec ses grandes baies vitrées, mais elle est tout de même entourée d’une grille gardée par des vigiles, et ressemble à une prison (dorée) avec son esthétique contemporaine très froide. Il est difficile d’y entrer, difficile d’en sortir, et en même temps elle sert de bulle à Lang et son entourage ; elle les protège du monde extérieur, un peu comme chez Scorcese. Elle est tout ça: une prison, un bunker, un aquarium.

Tu cherches à nous faire passer un message Roman?


Dernier point commun entre les deux cinéastes que j’évoquerai, mais je suis sûre qu’il y en a encore d’autres, c’est l’anti américanisme. Chez Polanski, pas de détours, le politicien est présenté comme un mauvais comédien au sourire colgatisé manipulé par les Etats-Unis, par les va-t-en-guerre de l’administration B***. Adam Lang = Tony Blair, ok, on a compris. Je trouve ce pied de nez assez culotté de la part de Polanski - comme on dit sur facebook, je «like»!. Et la satire est faite avec beaucoup d’humour, chose assez absente dans le Scorcese.



Donc voilà pour les parallèles entre les deux films, qu'il est impossible de ne pas faire quand on a vu les deux films à un intervalle de quelques heures. C'est finalement assez troublant, et on peut se demander si ça ne révèle pas quelque chose sur nos obsessions à nous.


Pour parler de mes impressions plus générales sur le Polanski, j’ai beaucoup aimé l’humour, qui contraste avec l’atmosphère lourde et oppressante, j’ai aimé le scénario diabolique et intelligent, j’ai aimé la fin absurde qui laisse bouche bée, j’ai aimé découvrir la fin trente seconde et demi avant l’Homme (ce qui n’arrive jamais). J’ai aimé tous les personnages subtils et nuancés. J’ai aimé être tenue en haleine sans toutefois mourir de peur comme dans le Scorcese. Les films à intrigue politique ne sont d’habitude pas mon genre, mais là j’ai accroché.

Mais j’ai moins aimé la minute recherche Google du Ghost - on ne résout pas une conspiration internationale en tapotant des mots-clefs sur Internet. J’ai moins aimé le rythme parfois un peu lent. J’ai moins aimé le personnage de Kim Cattrall, qui mérite tellement mieux que de passer, une fois de plus, pour la pouffe de service. J’ai moins aimé tout le bazar autour de l’affaire Polanski - au final les gens en ont plus parlé que du film lui-même.


Et la question de la fin: c’est quoi cet intérêt de Polanski pour le petit personnel asiatique? Surtout les jardiniers. En particulier ceux qui remplissent des taches absurdes: entretenir un jardin avec de l’eau salée (Chinatown), remplir une brouette avec des feuilles mortes qui s’envolent aussitôt (Ghost Writer).



samedi 13 mars 2010

Shutter Island - Martin Scorcese - 2010




Avertissement: ça va être très dur de ne rien spoiler. Très très dur. Mais je tiendrai bon.


Autre avertissement: je n’ai pas lu le livre, bien sûr, pour pas changer. Pas d’avis là dessus par conséquent.


J’ai vu Shutter Island et The Ghost Writer à 18 heures d’intervalle le week-end dernier, et il y a tellement de parallèles entre ces deux films (même si, au final, je ne sais pas trop quoi en faire) que je ne résiste pas au plaisir de vous faire du 2 en 1, exercice auquel je ne suis pas du tout habituée, mais que je m’engage à faire devant vos yeux ebahis (ou pas).


Geronimoooooooooooooo!


Shutter Island: Nous sommes en 1954. Le Marshal Teddy Daniels et son nouveau coéquipier sont chargés d’enquêter sur la disparition d’une prisonnière sur Shutter Island, une île dans la baie de Boston qui abrite un ancien fort de la guerre de Sécession transformé en asile psychiatrique pour dangereux criminels, et dont il est, en principe, impossible de s’évader. On pense à l’Ile Noire de Tintin.


Note à moi-même: toujours se méfier des îles. C'est jamais très clair ces choses là.


Dès qu’il débarque sur l’île, Teddy Daniels est observé d’un oeil suspicieux ; les policiers qui l’accompagnent ont l’air de le surveiller lui, plutôt que les prisonniers, et le personnel médical ne se montre pas coopératif.



Il n'a pas l'air super méfiant le policier?


Pour ne rien arranger, le marshal est hanté par son passé - la libération de Dachau quand il était GI, la mort de sa femme dans un incendie déclenché par un pyromane - et les visions de cauchemar qui l’assaillent perturbent son enquête.


Teddy Daniels se détourne rapidement de son enquête pour explorer le mystère de cette prison-asile qui menace de l’engloutir, car elle met sa propre raison en danger. Shutter Island est un film sur la folie : qui est fou? qui ne l’est pas? qui pourrait le devenir? la raison peut-elle être manipulée? peut-elle être maîtrisée? la paranoïa est-elle folie ou méfiance justifiée? les médecins sont-ils fous? les prisonniers sont-ils sains d’esprit? peut-on guérir? comment? à quel prix? est-ce souhaitable? est-on seul face à nos démons?


Et j’ai trouvé ça passionnant, angoissant, terrifiant. On se méfie autant de Daniels, que des médecins, des malades. Les ficelles peuvent paraître grosses ; le spectateur, dont votre très humble servante, pense pouvoir imaginer la fin, mais il est en réalité manipulé pour le croire - les dernières scènes sont stupéfiantes et dévoilent le piège des apparences. On a envie de repayer sa place pour revoir le film à cette lumière.


L’île est également une concrétisation de certaines obsessions qui font partie de l’imaginaire américain: le savant fou nazi, l’asile d’aliénés, le cimetière, la guerre de Sécession. On peut penser à la prison-hôpital psychiatrique d’Arkham où sont enfermés tous les méchants très méchants et très fous de Batman.

On peut aussi penser à l’île des Chasses du comte Zaroff, où le méchant comte européen part à la chasse à l’américain.

C’est pour ça qu’on a pu reprocher à Scorcese d’être grandiloquent, excessif, de recourir à des clichés. Moi je pense qu’il ne fait que mettre en scène le gothique américain - on est dans l’inconscient collectif. On est vraiment au cinéma, on se rend compte que c’est faux - mais peut-être est-ce voulu précisément ainsi.

Et puis c’est aussi un film sur la culpabilité américaine. Tout d’abord, la culpabilité au sujet de la Shoah, parce qu’ils ne sont pas arrivés à temps, parce qu’ils n’ont pas toujours été réglo non plus. Ca, c’est hyper explicite dans le film et hyper pas subtil, parfois même déplacé. On a droit à plein de flash backs bien esthétiques et pathétiques sur la libération de Dachau, avec des tas de jolis cadavres entassés - le pire, ce sont deux corps enlacés, dont on devine qu’il s’agit d’une fille et sa mère. Teddy Daniels, traumatisé par cette expérience, fait plusieurs liens entre le camp et l’île: les barbelés, le médecin nazi qui est tacitement comparé à Mengele. J’ai quand même trouvé que la partie sur les camps avait trop d’importance par rapport à l’intrigue, et que ça n’avait pas besoin d’être autant développé.

Aussi culpabilité par rapport à Guantanamo et Abou Ghraib peut-être - avec les prisonniers maltraités, retenus de façon injustifiée.

C’est un film sur la civilisation et la sauvagerie, la loi et les coupables.



Maintenant, je ne connais pas trop Scorcese, donc je ne pourrais pas dire si c’était le meilleur Scorcese, ou le pire, ou le typique. Mais j’ai été complètement séduite, emportée, terrifiée et j’ai marché à fond. Je recommande donc!

Mais The Ghost Writer, ce sera pour un autre jour. Comme d’habitude, j’ai trop écrit donc si je continue, je vais craquer, vous allez craquer, tout le monde sera fâché, ça ira pas du tout.

Rendez-vous donc demain ou après-demain, mais pas plus tard car après, je pars loin.



Ah oui, et la scène d'ouverture est assez drôle: Leonardo Di Caprio est pris d'un méchant mal de mer sur le ferry qui l'amène sur l'île, et on le voit vomir à plusieurs reprises - il avait l'air plus en forme dans Titanic. Tu n'assumes plus Jack Dawson Leo?