mardi 17 novembre 2009

Vingt mille lieues sous les mers - Jules Verne - 1869


Nous sommes en 1866 et c’est la panique sur les océans; en effet un mystérieux monstre marin parcourt les eaux de plusieurs mers et taquine les navires de toutes nationalités. Une expédition s’organise alors - composée entre autres du naturaliste français Pierre Aronnax, de son domestique Conseil et de l’harponneur canadien Ned Land - dans le but de calmer le monstre en question. Seulement à ce jeu là, c’est le monstre qui gagne: le vaisseau est attaqué et coulé. Les personnages sus mentionnés se retrouvent précipités à la mer et parviennent à gagner un refuge, qui n’est autre que le dos du monstre. Ils s’aperçoivent bientôt qu’il s’agit d’un sous marin - le Nautilus contrôlé par le capitaine Nemo, qui les fait aussitôt prisonniers.


Ce qui fascine dans Vingt mille lieues sous les mers, c’est la possibilité d’une vie autre, dans un espace temps complètement coupé de celui des sociétés sur la terre ferme. On se croirait sur une autre planète, et pourtant nous ne sommes que sous les mers. Le capitaine Nemo ne demande rien au monde terrestre: toute sa nourriture, tous ses vêtements (je crains le pire), toute l’énergie qui fait avancer le sous-marin lui viennent de l’océan. Il est de plus impossible de rattacher le capitaine Nemo à une quelconque nationalité car non seulement il ne se revendique d’aucune, mais en plus il parle plusieurs langues.


Vingt mille lieues sous les mers est un roman très mystérieux: comme l’on voit tout à travers les yeux du narrateur, Pierre Aronnax, beaucoup de faits demeurent inexpliqués, par exemple les agissements de l’équipage. En effet, à part le Capitaine Nemo et son second, nos personnages ne rencontrent pratiquement personne et déduisent les activités à bord à partir de menus indices, comme les bruits (un hurlement de douleur constituant un indice plutôt terrifiant). Et beaucoup de choses se passent! Le Nautilus attaque, se fait attaquer, fuit, poursuit. Et de tout cela nos personnages - ainsi que le lecteur - ne savent que ce que le capitaine Nemo veut bien leur révéler.


Mais ce qui frappe le plus dans Vingt mille lieues sous les mers, c’est la beauté des fonds marins et des forêts aquatiques, la richesse de la vie animale. Les digressions scientifiques peuvent faire penser à du Moby Dick, donc si vous êtes hermétiques à ce style, passez votre chemin. Les descriptions (très très très longues, entraînez vous avec quelques passages de Balzac) sont autant de tableaux fabuleux et on comprend que malgré son état de prisonnier, Pierre Aronnax ne peut s’empêcher de se délecter de sa vie à bord du Nautilus. D'ailleurs, l'édition Hetzel (qui m'avait gracieusement été offerte par Elf en remerciement de la fidélité de mes parents)(vous me dites si mes confidences vous embarassent) comporte de magnifiques illustrations.



Vingt mille lieues à pied, ça use, ça use.. (pardon)



Ya la même chose à Disneyland!




Oups, spoiler!


Et enfin, un des plus beaux/sexy personnages de la littérature, le capitaine Nemo, qui est en réalité le véritable héros du roman, puisque tout se meut autour de lui, toutes les interrogations portent sur lui , tout dépend de lui - personnage hanté par son passé, en quête de justice et de vengeance dont il tait les motivations, homme de goût et de culture, savant fou, et surtout, véritable démiurge à l’origine d’un monde nouveau.


En un mot comme en cent, lancez vous chers amis! (et ensuite on passera à l’étape suivante: Moby Dick)(c'est du teasing ou je ne m'y connais pas!)


dimanche 15 novembre 2009

Sans nom (No Name) - Wilkie Collins - 1862


C’est Erzébeth, la belle, la merveilleuse, qui m’a fait découvrir Wilkie Collins. Elle a soigneusement empaqueté un exemplaire de la Dame en Blanc, l’a assorti d’un thé noir à la violette et de sucettes, et l’a fait traverser l’Atlantique pour qu’il me parvienne. Depuis, je voue une affection particulière à cet auteur grand ami de Dickens, parce que non seulement il me rappelle une belle surprise, mais en plus parce que c’est un merveilleux écrivain.


Quand on lit Pierre de Lune et la Dame en Blanc, ses deux chefs d’oeuvres, on peut avoir le sentiment que Wilkie Collins est un écrivain de romans policiers avant la lettre - ce qui est vrai car il use beaucoup du secret, du mystère et des procédés d’enquête. Cependant, il n’en fait pas de même dans Sans nom, qui traite cependant d’un sujet beaucoup plus controversé que dans ces deux romans, puisqu’il touche aux lois mêmes de la société victorienne.


Le pitch: Magdalen Vanstone et sa soeur Norah coulent des jours heureux auprès de leurs parents dans leur demeure de Combe-Raven. Seulement les parents en question ont fait de petites bêtises dans leur jeunesse, dont nos pauvres innocentes n’ont jamais eu vent (je ne vous dévoile rien car c’est bien le seul secret du roman, et si c’était ce que vous appréciiez chez Wilkie Collins, je serais bien coupable de vous priver de ce plaisir)(en même temps il n’y a pas cinquante solutions)(et toutes les quatrièmes de couvertures vous le spoileront)(oui oui j’ai fini). Ainsi, quand ils meurent brutalement, Magdalen et Norah apprennent que non seulement elles ne peuvent plus porter le nom de leur père, mais qu’en plus les biens de la famille sont légués au frère de M. Vanstone, qui est naturellement très vil et très infâme. Les deux soeurs prennent deux chemins différents: Norah s’écrase et devient gouvernante, et Magdalen se jure à elle-même de retrouver son héritage légitime ainsi que son nom, s’aidant de sa beauté frappante et de ses dons dramatiques. Il s'agit d'une histoire de vengeance et de lutte contre l'absurdité de la loi.


Si le secret est rapidement éventé, il n’y en a pas moins beaucoup de suspense dans ce livre. En effet, il est composé d’une série tourbillonnante de complots, de contre complots, de contre contre complots, où tout s’enchaîne très rapidement et où la surprise survient en permanence. Les personnages rivalisent de ruse, d’intelligence et d’imagination pour se coincer mutuellement. Le tout avec les bonnes manières anglaises, un cup of tea à la main (gantée) bien sûr, parce que nous sommes entre personnes de bonne compagnie. On a toujours le sentiment que les personnages marchent sur des champs de mines - chers amis, ce livre et mon rythme cardiaque ne firent pas bon ménage.


Je retrouve dans ce roman ce que j’admirais dans la Dame en Blanc, c’est-à-dire la galerie de personnages secondaires hauts en couleur, et dont la personnalité est si débordante qu’elle envahit les personnages principaux, jusqu’à prendre leur place parfois. Le Capitaine Wragge, l’homme qui assiste Magdalen dans sa quête de vengeance, est un de s personnages les plus cools (de la littérature)(la littérature tout court): cet audacieux escroc professionnel, ce chantre de l’agriculture morale - c’est ainsi qu’il se définit - ce farceur joyeux à la prose exhubérante... est tout simplement jubilatoire.


Et puis il y a Magdalen. C’est un très beau personnage de femme, qui se bat pour retrouver son amour qu’elle a perdu en perdant son statut social, mais aussi et surtout pour retrouver son nom et sa dignité. Elle a la stature d’une grande amoureuse, au sens où ce n’est pas la beauté de la relation qui frappe, mais la force de ses sentiments, sa passion, et cela de façon quasi indépendante de l’homme qu’elle aime. Parce que Frank (le jeune homme en question), avouons le, ne prête pas au rêve - c’est un personnage pâle, sans grande personnalité, limite antipathique, et on comprend mal comment une femme aussi flamboyante que Magdalen peut s’éprendre de lui. L’ironie est que Frank ressemble beaucoup à Noel Vanstone, l’ennemi juré de Magdalen. Elle me fait beaucoup penser à Scarlett O Hara: elle ne nous est pas toujours sympathique, elle est parfois agaçante, mais on ne peut s’empêcher de l’admirer.


Le livre interroge beaucoup la morale - est-ce que la vengeance c’est maaal? Jusqu’où la décence nous permet-elle d’aller? La fin apporte sa réponse, un peu décevante pour une lectrice au goût pervers et dépravé comme votre humble servante.


jeudi 12 novembre 2009

Le Jardin secret (The Secret Garden) - Frances Hodgson Burnett - 1911


Le Jardin secret faisait partie de mon top ten quand j’étais enfant. Quand cet été, j’ai eu des envies furieuses de régression, c’est ce livre que j’ai traqué en librairie jusqu’à ce que je le retrouve à Rome. La vie nous fait faire de sacrés détours parfois.


Mary Lennox, jeune fillette anglaise de dix ans, quitte l’Inde après la mort de ses parents pour vivre auprès de son oncle dans le Yorkshire. Pour elle, rien ne change vraiment: les deux pays lui sont hostiles, et elle est toujours aussi solitaire et mal aimée, et pour cause: Mary Lennox est une fille désagréable, autoritaire, méprisante, froide et princesse. Et en plus elle est laide (rien pour elle décidemment). Ses seules occupations sont d’explorer la demeure de son oncle, puis le parc, quand finalement elle entend parler d’un mystérieux jardin emmuré dont la clef aurait été jetée. Quand Mary parvient à pénétrer dans ce jardin, elle fait tout pour le métamorphoser et lui rendre sa splendeur d’antan.


Il y a beaucoup de mystère dans ce livre, ce qui est déjà annoncé dans le titre: pourquoi l’accès à ce jardin est-il interdit? pourquoi est-il défendu d’en parler?

Et au delà du jardin, le mystère plane sur la maison elle-même: pourquoi l’oncle fuit-il la maison? Ce personnage est inquiétant: renfrogné, solitaire, et surtout, affublé d’une bosse. Il est aux limites du monstrueux aux yeux d’un enfant.

Et aussi, quels sont ces cris étranges que l’on entend dans la maison? Qui est la morte qui continue à hanter les habitants et les pièces de la demeure?

Bien sûr, tout a un lien avec le jardin.

Il y a le conte bien sûr (Barbe Bleue et le cabinet interdit), mais pour moi le Jardin secret a surtout des airs de roman gothique - la maison immense aux innombrables pièces obscures qui font un peu penser aux cabinets de curiosité. Et aussi les passages secrets, les rumeurs, les chuchotements, les vieilles histoires que l’on raconte, les tableaux, les êtres mystérieux.


Si Mary n’est pas un personnage très sympathique, on ne peut s’empêcher de s’identifier à elle, puisqu’on la suit dans son enquête. Mary agit comme un détective et je lui trouve presque des airs de Jane Eyre. A sa façon, l’oncle fait beaucoup penser à Rochester. C’est un personnage séduisant, très byronien.


Je pense que le livre est attirant en cela : l’enfant qui se met en tête de percer les secrets des adultes - c’est l’atmosphère de conspiration, de transgression des règles que l’on ne comprend pas, ou du moins que l’on estime injustifiées.


Ce à quoi j’ai été sensible également, c’est la façon dont la nature et la campagne anglaise se mettent à vivre sous nos yeux, à travers Mary qui découvre enfin l’air, le ciel, les plantes et les animaux. On a l’impression que le monde entier s’éveille en même temps que la jeune fillette s’épanouit, dans son esprit mais aussi physiquement. Les odeurs, les textures, les paysages sont décrits avec beaucoup de détails - tout cela est très sensuel en réalité. Loin de moi de suggérer une quelconque salacité - ne vous récriez pas chers amis! - mais finalement, le jardin est une métaphore assez éculée dans ce contexte.


Et à ce sujet, je pense à une parole de chanson qui m’a toujours beaucoup fait rire. Nous qui sommes des personnes de bonne compagnie, nous nous rappelons tous de cette chanson de la comédie musicale «Notre Dame de Paris», «Belle».


Ne m’abandonnez pas maintenant chers amis! Ne vous sentez pas mortifiés!


Retournons à notre propos: «Belle» je disais, donc. Frollo prononce ces paroles inoubliables: «O Notre Dame, o laisse moi rien qu’une fois pousser la porte du jardin d’Esmeralda».

Vous ne trouvez pas que ça vaut de l’or? Cette métaphore m’a toujours fait hurler de rire - j’avais douze ans et j’étais peu au fait des choses de la vie, mais alors ces paroles..


Reprenons.


Au final, j’ai découvert une histoire différente de celle que j’avais lue étant petite, et en même temps je m’en rappelais très précisément au fur et à mesure de la lecture. Je m’aperçois maintenant que les personnages ont une véritable épaisseur et sont relativement atypiques. L’histoire est assez riche, avec plein de potentialités, contenues entre autres dans les pièces du manoir, dans les relations entre les adultes que l’enfant ne comprend pas nécessairement.


Un bémol cependant - j’ai trouvé que le texte était assez répétitif en ce qui concernait la description de la nature. On en trouve à toutes les pages, donc l’herbe qui sent bon, l’air qui est frais et toussa, ça finit par agacer.

Et j’ai un peu tiqué sur la conception que l’auteur véhicule de l’Inde comme lieu mortifère où l’enfant - l’anglaise - ne peut s’épanouir. Signifiait-elle une quelconque supériorité de l’Angleterre? l’Inde est-elle source de langueur par nature? ou le fait que chacun chez soi et les vaches seront bien gardées? ou alors un échec du colonialisme?


Un livre que je vous recommande tout de même chaleureusement chers amis!

mardi 10 novembre 2009

Lever de rideau.


Comment mieux se réinsérer qu’avec un bon vieux tag? Ce coup au derrière m’a gracieusement été asséné par Fashion - mise au pied du mur, je m’exécute, non sans un certain plaisir. Lever de rideau:


1- Un film que vous regardiez étant jeune et qui vous remplit de souvenirs :

Tous les Disney en fait. Tout ce que je sais, je le leur dois:


- comment cuisiner (Fauna dans La Belle au Bois Dormant)


- comment lire (Gaston dans La Belle et la Bête)



- comment ensorceler un homme (Ursula dans la petite sirène)(paraît que les hommes adorent les femmes qui savent se taire)


- comment faire les bébés (la cigogne dans Dumbo)




2- Un film que vous connaissez absolument par coeur :

Moulin Rouge. Je l’ai tellement regardé que le dévédé devient tout vert quand il me voit. Et ça fait un moment qu’il se cache d’ailleurs.





3- Un film qui a bouleversé votre jeunesse :

Le Cercle des poètes disparus - oui je sais, je suis une caricature. Mais voilà, maintenant je lis, je lis en anglais, je lis de l’anglais devant des gens qui veulent bien m’écouter (et m’appeler mon capitaine)(non, personne ne le fait en réalité). Et je suis toujours Robert Sean Leonard chez le Docteur House.






4- Un film que vous auriez aimé écrire/produire :

J’aurais bien dit Certains l’aiment chaud de Billy Wilder, car c’est mon film préféré, mais il parait que ce fut un cauchemar à tourner. Il fallait une soixantaine de prises à Marilyn Monroe pour prononcer correctement «It’s me, Sugar!» ou «Where’s the bourbon?»

«A la fin, embrasser Marilyn Monroe c’était comme embrasser Hitler» dira plus tard Tony Curtis. C’est tellement hilarant!



C'est vrai qu'il n'a pas l'air très content d'être là.


Donc pas Certains l’aiment chaud, mais La Nuit américaine de Truffaut. Car pour faire ce film, il fallait avoir fait tous les films précédents.





5- Un film qui vous a donné envie de faire du cinéma :

Tous les films avec Katharine Hepburn - incarner une belle femme intelligente, spirituelle, lunatique, élégante, doucement folle, capricieuse, pétillante

m'a toujours parlé.




6- Un film que vous avez regardé plus d'une fois :

Des indices se cachent dans les réponses précédentes.


7- Le film que vous avez vu en dernier au cinéma :

L’invasion des profanateurs de sépulture - voir la note ci dessous.


8- Un film dont vous avez regretté d'avoir payé la place :

Blueberry. J’ai passé deux heures abominables. Mauvais western prétentieux, qui n’a pas les moyens de sa prétention, en plein délire mysticisme et avec une séquence hallucinogène complètement bidon. Des acteurs en carton, qui, avec le recul, me font pas mal penser aux monstres de l’Invasion des profanateurs de sépultures.. (voir la note ci-dessous)


9- Un film qui vous fait réfléchir sur la vie :

Je ne réfléchis pas sur la vie.


10- Un film qui vous a donné envie de tomber amoureuse :

Sissi, le un, où elle rencontre Franz

Aaaaaah la grande déclaration dans la forêt

et au bal, quand il la choisit

Mon coeur défaille.



J'ai refoulé la coupe de cheveux de Franz. Donc on va lui laisser son chapeau.



11- Un film qui vous a fait tordre de rire :

Sacré Graal.

Regardez, l'affiche ne vous fait pas déjà rire?



12- Un film qui vous a révélé un acteur que vous suivez à présent :

Arsenic et vieilles dentelles pour Cary Grant.

D’ailleurs j’ai appris pas plus tard que la semaine dernière que cet homme était bisexuel et même qu’il portait des sous vêtements féminins sous ses costumes si bien coupés. Bon sang, vous pensez que dans les Hitchcock..


Quoique, cela pourrait être pas mal quand on y pense.


13- Un film qui vous a fait pleurer comme une madeleine :

Armaggeddon. Vu huit fois, pleuré sept fois et demi. Quand Bruce Willis se sacrifie pour sauver le monde. Comme il le fait toujours. Ne dites rien.




14- Un film dont vous avez aimé un personnage en particulier :

Kim Novak dans Embrasse moi idiot. Je l’ai trouvé très belle dans son rôle de serveuse-prostituée un rien vulgaire, mais avec tellement de chien! Et émouvante avec son rêve, un tout petit rêve, juste acheter une voiture pour pouvoir partir. Et aussi cette façon qu’elle a d’être émerveillée par le rôle qui est le sien pendant une soirée - même si elle est constamment ramenée sur terre.

Un très beau personnage, subtil, touchant et fascinant.



15- Un film que vous regardez chaque année :

La caverne de la rose d’or. Je ne sais pas si ça compte puisque c’est un téléfilm. En quatre épisodes. De trois heures chacun. Bon, on va dire que ça compte.

Cultissime! Le monde merveilleux de la princesse Fantaghiro, qui comporte entre autres ces deux créatures:


Lui


et lui.


Celui-ci se bat contre son double à un moment donné. Mes sels!



Tout est dit.



Je ne refile le tag à personne, histoire de ne pas me faire mal voir tout de suite, n’est-ce pas. Mais le prochain..



L’Invasion des profanateurs de sépultures (Invasion of the Body Snatchers) - 1956 - Don Siegel


Je passais devant ce cinéma et l’affiche m’a interpellée : une foule poursuit un couple en fuite. Et il y avait ce titre, assez extraordinaire: «L’invasion des profanateurs de sépultures» - très mauvais genre, n’est-ce pas? Très série Z avec du sang vert à bulles qui gicle partout, et des zombies extra-terrestres et des cannibales nazis.





Non, lui il est gentil.



Je n’ai jamais vu de film de série Z en réalité, mais laissez moi rêver.


Avec un goût de péché et de curiosité malsaine dans la bouche, n’écoutant que mes préjugés, je me lance à la conquête du Nouveau, et me voilà dans la salle obscure, tremblant déjà délicieusement de peur.

Le pitch: Un médecin - Miles Bennell - est admis dans le service psychiatrie d’un hôpital à San Francisco; on le croit fou mais ses confrères finissent par écouter son histoire. Tout commence par des cas isolés de personnes soupçonnant un de leurs proches d’être dépossédé de son identité. Ainsi un jeune garçon est persuadé que sa mère n’est pas vraiment sa mère, qu’elle en a seulement l’apparence. Les personnes qui doutent de leurs amis ou de membres de leur famille parlent toutes d’un manque d’émotion. Puis curieusement, ces personnes se rétractent. Miles trouve bien la situation un peu étrange, mais ne commence à s’affoler un peu que lorsqu’un corps ressemblant à celui de son ami Jack est retrouvé dans sa cave - Jack étant toujours vivant.


Scénario extraordinaire : ce film, où tout est suggéré, qui ne comporte aucun des monstres sus mentionnés, qui ne verse pas une seule goutte de sang vert (ou bulleux, ou même rouge) (sauf pour un chien écrasé par un camion, mais on n’entend que le glapissement de la pauvre bête - amis des bêtes, je soupçonne ce glapissement d’avoir été simulé en studio), qui ne comprend aucun mort - ce film, chers amis, est terrifiant. Je ne suis pas une référence en la matière, mais tout de même. Je trouve cela extraordinaire, comment l'éventualité d’être dépossédé de ses émotions, de ne plus ressentir de peine ou de joie peut être aussi horrifiant. L'acuité des sentiments en est décuplée, puisque nous sommes conscients de leur existence. La peur, la joie, la tristesse - tout est exacerbé, chez les personnages bien sûr mais aussi chez le spectateur. C’est très fin de faire un film d’épouvante (ou presque) d’un désir aussi anodin qui nous a tous traversés au moins une fois dans notre vie (ne dites pas non, je ne vous croirais pas).


Et ce qui est terrible également, c’est de ne pouvoir faire confiance à personne - puisque tous semblent atteints de ce mal étrange, ou du moins pourraient l’être. Ici, le monstre a forme humaine, et c’est lui, elle, vous peut-être?





Il en est, vous pensez?



Il y a un commentaire politique à l’oeuvre me semble-t-il - la paranoia collective dans l’Amérique des années 50, ça nous rappelle quelque chose à tous. Maintenant, je ne sais pas bien dans quel sens le réalisateur abonde: sont-ce les gens-sans-coeur qui figurent le mac carthysme? ou au contraire représentent-ils les communistes qui se sont laissés atteindre par la contagion? Ce phénomène représente-il la norme pour les gens, ou une maladie?




Je ne le sens pas, lui...



En tout cas, ce mal qui atteint ceux qui nous sont proches m’a beaucoup rappelé Shining de Kubrick, où la figure du père devient lourde de menace (je ne sais pas vous, mais un mec qui me poursuit avec une hache, ça ne me fait pas rêver).



Here is Johnny...


On pense aussi à Rhinocéros de Ionesco - puisque dans les deux oeuvres le héros se voit envahir de monstres. Et Miles figure véritablement un Béranger quand il entre en résistance.


Et le titre, vous entend-je protester. Eh bien il y a plusieurs explications:

  • le petit malin à l’origine de la trouvaille n’a pas vu le film et a traduit comme il le sentait
  • les titres de plusieurs films ont été échangés (et dans ce cas estimons-nous heureux: les Dix Commandements auraient pu s’appeler autrement, L’Invasion des profanateurs de sépultures par exemple)
  • Ce sont EUX qui ont agi pour brouiller les pistes..