
(J’ai pas envie de me faire engueuler. M’engueulez pas.)
Gabriel Garcia Marquez et moi, c’est pas passé, et croyez-moi, j’en suis la première marrie. Cela avait bien commencé pourtant: un couple qui recommence la société à zéro dans une région reculée de Colombie, et qui fonde le village de Macombo. Ce patriarche scientifique fou qui se livre à l’alchimie avec l’or de l’héritage de sa femme. Ce saltimbanque qui fait parvenir au village les dernières inventions magiques du monde civilisé. Cette famille qui s’agrandit, au mépris d’une malédiction liée à un inceste originel.
Bien sûr que tout cela me parle. De plus, GGM est le grand inspirateur de mon bien aimé Salman Rushdie (qu’il soit mille fois béni)(Salman Rushdie, pas GGM), le grand prêtre du réalisme magique, j’aurais du être comblée.
Mais blocage il y a eu. J’ai trouvé l’écriture laborieuse. Je trouvais que l’histoire se construisait péniblement, et que le renfort continu de personnages plus déglingués les uns que les autres ne faisait qu’accentuer cet effort. J’avais l’impression d’être en face d’un livre qui se voulait chef d’oeuvre - très désagréable et gênant comme sensation.
Et je n’ai pas cru aux personnages. Déjà je n’arrivais pas à distinguer qui était qui, et je ne parle même pas du fourmillement de José Arcadio et d’Aureliano dans la famille Buendia. Je n’arrivais même pas à faire la différence entre les femmes.
J'ai trouvé leurs histoires anecdotiques, digne de faits divers, d’un zapping.
Alors voilà, ça m’embête furieusement. C’est typiquement le genre de livre qui devrait me plaire, et ça a fait un gros splosh. (en même temps, c’est peut-être la faute à la température: il faisait plus de 40° ces journées là.) Et je m'en veux, faut pas croire.
Cent Ans de Solitude me fait l’effet d’un chef d’oeuvre raté. Car je reconnais volontiers que c’est un chef d’oeuvre, si on accepte qu’un chef d’oeuvre, c’est ce qui crée ses propres règles, son propre modèle. Or Cent Ans de solitude, c’est un peu le parangon du réalisme magique sud-américain, bien fol est celui qui le nierait.
Je n’ai pas aimé ce livre (enfin, la moitié que j’ai lu), mais il vaut peut-être mieux écrire un chef d’oeuvre raté qu’un bon roman. Il peut rater des rencontres individuelles, mais il ne s’inscrit pas moins dans l’histoire de la littérature.
Voilà votre Renarde qui pratique l’abnégation au nom de l’Art - ça me tirerait presque une larme.
PS: et en plus la couverture est trop moche. J'en grinçais des dents à chaque fois que je reprenais le livre.